Anti-anti-sites – France, 2017-2018

Les villes et l’état d’urgence dans lequel nous nous trouvons en France tendent à rendre les zones urbaines aseptisées et surtout de plus en plus contrôlées. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette recherche sur les anti-sites, en résidence au Syndicat Potentiel à Strasbourg. J’ai invité l’architecte et chercheur Shin Alexandre Koseki et la dramaturge Antonia Taddei, a réfléchir sur les dispositifs anti-SDF. D’abord via des repérages en ville et une cartographie participative, puis à travers des modifications de ces espaces, je souhaitais repenser et réaménager ces sites. Une page wikipédia est aussi mise en place par Antonia Taddei. Des modules en espace public, comme des contre-formes viendront par la suite modifier les anti-sites. Il s’agit de composer des îlots de rencontres, des zones de conforts, des réalités concrètes augmentées. Une édition pop-pup sera aussi créer cette année, sur cette thématique.

 

Extrait de texte : “La surface de métal est froide et incurvée, souvent grise comme le reste. L’assise est suffisamment large pour deux corps, l’un bien séparé de l’autre, pas pour un corps allongé. Lorsque arrive le moment de s’arrêter, c’est sur ce banc, par exemple, que vous venez à vous asseoir. Difficile pourtant de stopper le mouvement, car votre corps doucement glisse, légèrement vers l’avant. Vos talons ou pointes de pieds maintiennent une pression vers l’arrière pour vous stabiliser. La gêne peut sembler minime, progressivement elle augmente en intensité selon votre position et la durée de votre pause. Si vous attendez longtemps, l’expérience devient clairement problématique. Cela, sans parler du fait commun de vouloir simplement se détendre et encore moins de s’allonger. Lorsqu’on s’attarde sur notre manière de ressentir les postures qu’induisent ces sites, des enjeux sous-jacents peuvent être identifiés. Ce que l’on nomme l’« affordance », c’est-à-dire l’ensemble des possibilités d’actions que recouvre un objet, émerge et représente une source de réflexion sur nos manières d’habiter l’espace urbain. Cela implique des gestes, des attitudes, des orientations, des résonnances, des interférences, … Michel de Certeau compare la déambulation dans une rue au fait de parler une langue : nos tendances s’affirment dans nos choix de mouvements comme de tonalités. Chacun est caractérisé par sa propre démarche dans l’espace. Vous avez votre façon d’interagir avec les formes et les matériaux présent dans les villes, en plus d’interagir avec les autres. Comment s’articule votre attention envers ces espaces et envers les personnes qui s’y logent ? Quelles formes plastiques, ambiances et situations sont composées ? Comment vivez-vous le moment où vous souhaitez vous arrêter ? Sur quel type d’objet vous reposez-vous ?

Les dossiers des bancs disparaissent.

Dans les villes, on ne s’appuie que sur des murs ou des abribus, des caissons et des rebords, des grilles, quelques poteaux aussi restent en surface. Vous pourriez même vous assoir sur une voiture, avec le risque de déclencher une alarme et le désarroi du propriétaire. Les bancs publics, comme on en a l’image, se font rares. Encore moins de prise pour les amoureux, encore moins en hiver, encore moins quand on dort dans la rue. Le plus surprenant, c’est leurs transformations. Leur design a changé et se décline. Les bancs perdent leur dossier mais conservent et additionnent leurs accoudoirs, séparent ainsi les corps. Ils servent explicitement à empêcher quelqu’un de s’allonger. La sieste est non pas interdite, mais inconfortable. Vous êtes dissuadés d’agir ou d’interagir. ”

Article Rue89 : https://www.rue89strasbourg.com/carte-mobilier-repulsif-strasbourg-141824

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