La fête est finie – 2020

    Performance, protocole, 2020 – 15-20 Kg de conffetis

Une personne sous les confettis, au moment du vernissage, se dirige vers la sortie. Le tas de confettis reste en place sur la durée de l’exposition. Le public peut être invité à suivre la personne dans son cheminement et la voir s’ébrouer au loin.

Exposition : MIRAGE-MIRAGE Centre d’Art Dominique Lang (2020)

Collections : FRAC Poitou-Charentes (2020)

Production : Région Grand Est

« Le motif des confettis occupe dans notre imaginaire collectif la place d’un souvenir d’excitation joyeuse. Ils nous rappellent les foires, les défilés, les carnavals, les petites ou grandes fêtes d’anniversaire peut-être ; ils évoquent des moments de célébration et rassem- blement. Il m’intéresse d’en détourner l’usage pour en faire un tas statique, démobilisé ou en réserve, comme le résultat d’une action passée ou comme en attente d’une action à venir.Cet amoncellement de confettis peut aussi évoquer de façon critique un des aspects négatif de la notion de fête dans un contexte contemporain à tout le moins saturé d’événements, parmi lequel la fête est devenu un objet paradoxal de célébration, de consommation et de consomption du temps et de l’énergie, de mise en représentation de l’individu et de sa sphère sociale, d’esthétisation et de spectacularisation du quotidien, de divertissement comme mode de vie. Face à cette “mobilisation” des corps et des esprits en mode “festif”, l’on peut se sentir comme “enlisé” et se demander ce qu’il est encore bon de fêter ? En réaction à l’abondance et à la surenchère de cet esprit festif, qui plus est dans un lieu d’exposition rompu également aux logiques événementielles de vernissage et/ou de finissage qui ont pour effet de capitaliser l’attention des regardeurs/visiteurs lors d’un événement dédié, la performance La fête est finie dispose dans l’espace d’exposition un individu quasiment recouvert par un tas de confettis. Sa posture avachie et fatiguée met en exergue l’épuisement dû à cette fête constante. La personne se dégage avec mollesse du tas de confettis puis se redresse pour en sortir. La fête est finie, elle l’était déjà plus tôt, la quitter semble être autant une épreuve qu’une évidence. L’intention de cette performance est d’amener le spectateur à porter son regard sur le corps qui se lève et vers sa fuite tranquille. Il pourra ainsi observer ou suivre le mouvement et chemin qui s’opèrent sous l’impulsion du performeur qui décidera de quitter la scène du lieu spécifique de l’art pour s’en extraire et gagner l’espace du dehors. Cette représentation d’une sortie, c’est l’idée de se rendre présent à l’environnement, extérieur et éventuellement naturel aussi, une invitation à se mobiliser à l’extérieur d’un espace de monstration, de s’extraire du monde clos de l’événement pour rejoindre l’ouvert du monde courant. »

texte: Marianne Villière et Mickaël Roy, 2020

PS. Dans le contexte actuel de limitation des temps et des espaces de célébration et de réunion collective et festive, cette œuvre agit dans le même temps comme contrepoint à cette situation contemporaine dans laquelle la fête est empêchée. C’est là sans doute le paradoxe de la fête qui (nous) manque : le poids symbolique qu’elle occupe co-existe avec le désir qu’elle suppose. Quant à la « fête de l’art » que cette action désigne en creux, là aussi, l’on peut tout autant s’interroger sur la lourdeur de son pouvoir lorsque les systèmes de l’art sont à l’œuvre, de même que sur son caractère essentiel à la vie en commun quand l’expérience artistique est réduite à peau de chagrin.